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citoyen

Devant le (premier ?) débat du (premier ?) tour

Premier débat car il en faudrait un autre pour voir l’ensemble des candidats. Premier car un second tour avec Marine Le Pen n’est pas vraiment un second tour. Notre élection est devenue une élection à un tour et nous faisons semblant de ne pas le voir.


Benoit Hamon est porteur d’un projet de société extrêmement ambitieux et je pense qu’il a les épaules pour le porter. J’apprécie particulièrement qu’il ait tenu à être frondeur dans un gouvernement qu’il trouvait trop à droite mais il le paie aujourd’hui car le Parti Socialiste ne distingue pas la nécessité de prendre du recul pendant l’exercice du pouvoir et la nécessité d’être en cohésion pour y parvenir.
Alors qu’il a entre les mains un programme extrêmement social, je le trouve paradoxalement très déconnecté, peu engagé par rapport à d’autres candidats. Il expose son programme clairement, l’énonce avec efficatité, mais manque de répondre nécessairement aux questions posées. Sa posture est intéressante, « présidentielle » diront certains, mais laisse une impression de prétention.

Jean-Luc Mélenchon semble bien plus proche de la vie de la Cité que l’ensemble des autres candidats réunis. Il n’a pas sa langue dans sa poche mais son personnage de grande gueule le sert autant qu’il le dessert. Il en ressort une certaine honnêté et je ne peux pas m’empêcher de ressentir de la sympathie pour l’homme. Le problème, c’est que son engagement s’exprime souvent de manière incontrôlée, irrespectueuse. À plus d’un moment, il a perdu son calme et, par incidence, de précieuse secondes de débat dans des discussions dans lesquelles tout avait été abordé. Son avis rejoint très souvent celui de Benoit Hamon, trop souvent pour qu’on ne puisse pas regretter qu’ils n’aient pas trouver un terrain d’entente.


Emmanuel Macron a un profil nouveau. Il incarne à la fois un courant politique social-démocrate de droite qui cherche à percer en France depuis des années sans y arriver, mais également une volonté de réflexion pragmatique, anti-dogmatique, assez inédite dans notre pays. C’est un excellent orateur, d’une finesse d’analyse très appréciable. Il fait très attention à toujours valoriser les personnes avant de critiquer le système dans lequel elles s’inscrivent ce qui est une attention polie. Bien qu’en étant en profond désaccord avec ses positions politiques (notamment sa « liberté aux entreprises » qui introduit du dumping social en profitant de l’incapacité de nombreux salariés à défendre leurs droits), je le considère comme quelqu’un d’extrêmement compétent qui ne doit pas son succès au hasard. Il est très probablement un des poids lours politique des vingt prochaines années, même si ce serait, à mon sens, une erreur de penser qu’il est véritablement réformateur.


François Fillon est celui qui a, de loin, la plus grande expérience du pouvoir. Il connait les véritables enjeux de l’exercice et je le soupçonne de très bien savoir à quel point cette campagne ne l’engagerait en rien une fois élu. Il en profite donc pour draguer un électorat chrétien intégriste tout en défendant un programme bien moins extrême et, finalement, dans une grande continuité par rapport à celui de Nicolas Sarkozy. Tout cela lui permet de conserver le soutien d’un appareil politique de droite qui sait très bien que sa position est calculée et lui offre la chance de voler des voix à Marine Le Pen. Il se promène littéralement dans ce débat, ne semble absolument pas investi par les sujets et se contente d’exprimer du mépris pour les autres candidats par des sourires condescendants.

Marine Le Pen poursuit inlassablement le même programme de haine des étrangers et de l’Islam en grossissant à son gré les chiffres, en refusant de répondre aux critiques qui lui sont faites. Elles contourne les questions gênantes en invoquant des questions qui n’ont rien à voir avec la discussion. La clé de son succès consiste à donner de faux espoirs à des français souvent oubliés. Je conçois ainsi facilement qu’elle séduise une partie des ruraux, des personnes agées, des ouvriers, des agriculteurs, d’un certain nombre de personnes démunies qui ont peur et dont elle entretient les peurs.
Fière de ses résultats aux derniers sondages, j’ai l’impression de la voir déjà jouer le second tour avec plusieurs attaques directes à Emmanuel Macron.


Je n’ai pas regardé l’ensemble du débat mais je n’y ai pas appris grand-chose. J’ai clairement toujours une sensibilité de gauche mais cela ne m’empêche pas d’apprécier un candidat comme Macron, de lui reconnaitre une légitimité. À mon sens, c’est lui le candidat de droite. Fillon et Marine Le Pen vogue sur une islamophobie et des programmes économiques complètement incompatibles avec mes valeurs. Ils n’ont, pour moi, aucune proposition viable pour la Culture, l’Éducation et le vivre ensemble.

Je trouve les journalistes inutiles. Ils sont là pour animer, mais n’ont aucun rôle dans l’établissement d’un consensus pertinent à partir duquel discuter. Il en ressort que les candidats ne sont souvent pas d’accord sur les chiffres qu’ils citent et personne sur le plateau n’est là pour remettre l’information, les faits, au cœur des débats politiques.

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