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5 min Boris Schapira

Un stagiaire

Après une semaine, voici l’heure du départ pour notre futur ex-stagiaire.

Recevoir un stagiaire est toujours une petite découverte. On ne sait jamais si la personne sera attentionnée, attentive, curieuse ou si, au contraire, elle observera l’activité sans réaction, sans questions, sans esprit critique. Cette fois, c’était plutôt une bonne pioche !

Nous avons beaucoup parlé mais il est parfois difficile pour moi d’expliquer tout ce que je fais à voix haute, donc nous avons trouvé un subterfuge. Il s’est posté face à moi et j’ai configuré mon second écran en recopie, tourné vers lui. Ainsi, entre deux moments d’échange, il avait le loisir d’apprendre en autonomie tout en pouvant jeter un œil à mon écran de temps en temps et poser des questions quand il le souhaitait.

Je lui ai rapidement donné des consignes pour qu’il prenne des notes et me fasse, chaque matin, un résumé organisé de ce qu’il avait appris. Cela permet d’évaluer les capacités de rétention mais aussi de corriger dès le lendemain une perception qui serait erronée.

Expliquer la technique n’a finalement pas été très dur. Les concepts fondamentaux du Web ont la force d’être simples et j’avais la chance de travailler, à ce moment-là, sur un audit lié au Front-End. Il a ainsi pu comprendre rapidement les problématiques et m’a même surpris, à deux reprises, par des réflexions pleines de bons sens dont je ne le croyais, à tort, pas capable.

Mais les échanges les plus détaillés concernaient la vie de l’entreprise. Nous avons beaucoup parlé du rôle d’un consultant, de l’ambiance de travail, des missions, de l’organisation du temps, de la culture d’entreprise, des différentes entités internes (tant au niveau managérial que dans la représentativité), des salaires, des évolutions de carrières, de l’âge…

Accueillir un stagiaire de troisième et prendre le temps d’échanger avec elle ou lui est, je pense, une affaire cruciale. Pour ces enfants, d’abord, car il s’agit de leur premier contact avec le monde de l’entreprise (beaucoup n’ont pas conscience du travail de leurs parents et en sortent bien plus curieux qu’avant). Pour nous, encore plus.

Quand nous rencontrons un problème dans la formalisation d’une problématique technique en code, nous avons quasiment tous l’habitude de parler à un collègue pour essayer de dénouer la situation. Un stagiaire de troisième, c’est le canard en plastique du monde du travail. C’est en lui expliquant votre vie professionnelle que vous allez mettre rapidement le doigt sur ce qui peut la rendre compliquée ou, au contraire, géniale (ou les deux, chacun ses goûts).

Les sujets abordés

Je jette ce à quoi je pense, j’essaierai d’alimenter davantage ultérieurement :

  • Ambiance :
    • Manière dont les gens s’adressent les uns aux autres et se placent dans les bureaux.
    • Utilisation de l’anglais, du franglais, d’un vocabulaire un peu spécifique au digital (et vive les doigts).
    • Comment on se bat avec nos outils tout le temps !
  • Technique :
    • HTML (la sémantique : donne un sens aux choses qu’on écrit à l’intérieur), CSS (coordonne la présentation), JS (permet d’ajouter des comportements et des interactions ou de pallier à certains problèmes d’implémentation)
    • Suivi du tutoriel HTML/CSS OpenClassRoom pour avoir les bases (en tâche de fond)
    • Front-End (tout ce qui se voit) != Back-End (ce qui ne se voit pas)
    • « Architecture » = organiser toutes les tâches et machines dans le Back-End, pour mettre en place la logique
    • Une « machine virtuelle » : c’est quand on fait tourner un programme qui fait tourner tout un autre ordinateur dans son ordinateur. Exemple : faire tourner Windows dans un Mac.
    • Les machines de travail sont ultra-puissantes et très chères.
    • Réinventer la roue tout le temps n’est pas productif. Les développeurs passent leur temps à la fois à réutiliser des composants, des morceaux d’applications, des applications entières comme on assemble des Legos.
    • Il y a beaucoup de termes technique très verbeux, et pas beaucoup de termes. En bricolage, un outil qui enfonce des clous s’appelle un marteau. Dans le numérique, un outil qui enfonce des clous s’appelles un OQEDC (Outil Qui Enfonce Des Clous). Résultat : parfois, on s’en sort plus trop.
  • Organisation du travail :
    • Le Web : un domaine, plein de métiers :
      • le(s) graphistes (illustrateurs, webdesigners…) ;
      • le(s) Front-End (le Web, le mobile, autre ?) ;
      • le(s) Back-End : en général, du PHP (langage) mais rarement seul. Souvent, on part d’un programme existant (on a cité de Drupal, eZ Publish, Wordpress) et on essaie d’étendre…
    • Gestion de projet en cascade (une étape après l’autre), en V (une étape valide l’autre), en Agile (un gros projet découpé en plein de tous petits engagements de 2 à 4 semaines)
    • Une « équipe projet »… une définition floue entre les rôles, les emplacements physique, une tribu aux intérêts commun… le rôle du CP est de coordonner tout ce petit monde en fluidifiant leurs allées et venues sur le projet.
    • Comment évaluer une entreprise : les paliers en salariés, en chiffre d’affaire, en confiance bancaire…
    • Le différentes obligations administratives d’une entreprise, les problématiques qu’elles soulève (ne serait-ce que la paie et sa complexité), les différentes fonctions support, les entités de dialogue sociale, les budgets socio-culturels du Comité d’Entreprise…
  • Impacts sociétaux :
    • L’informatique détruit des emplois en automatisant des tâches. Il est donc nécessaire, lorsqu’on transforme l’organisation d’une entreprise autour du numérique, d’envisager des reconversions par la formation.
    • On a l’impression que le Web est partout, mais ce n’est pas vrai. Beaucoup de population sont encore hermétiques ou faiblement concernées (le Web n’existe que de manière très limitée dans leur vie).
    • Les gens sont intelligents, les machines sont bêtes : une personne peut faire une erreur mais quand elle s’en rend compte, elle peut revenir dessus. Les machines ne font normalement pas d’erreurs mais quand elles en font, elles s’en fichent. Sans contrôle humain, tout peut partir en cacahuètes assez rapidement.
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