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citoyen 2 min Boris Schapira

#OnVautMieuxQueCa

Mais quels effets aurait cette réforme sur un entrepreneur ?

Pour le savoir, prenons un nouveau cas fictif (toujours non exhaustif), celui de Delphine. A 42 ans, cette femme a créé et dirige depuis cinq ans une PME de 55 salariés. Le scénario se place là encore dans l’hypothèse où le projet de loi sur la réforme du droit du travail serait voté dans sa version initiale.
Ce qui changerait pour Delphine, 42 ans, chef d’entreprise, avec la ‘loi travail’”, Samuel Laurent pour Les Décodeurs

L’article est, je trouve, objectif. En première lecture, l’article est positif. Il énumère les avantages offerts aux patrons leur permettant de mieux gérer les commandes importantes en faisant varier leur masse salariale et la charge de travail de leurs salariés. Il n’est pas évident de comprendre les problèmes soulevés par le projet de loi dans ce monde presque parfait…

Ce qui est choquant, c’est l’absence totale de prise en compte de la vie des salariés dans cette projection : mis sous pression, montés les uns contre les autres, leur travail est ensuite dévalué (réduction de l’indemnisation des heures supplémentaires qui, de toutes façons, seront payées trois ans plus tard quand aucun salarié n’aura le temps et les éléments pour vérifier puis bascule au forfait jour pour un quasi-doublement du temps de travail compensé par une majoration de 20% du salaire), pour finalement être licenciés quand l’employeur n’arrivera pas à décrocher un second gros contrat1.

On ne parle pas d’estime de soi, des gens qui se ruineront en garde d’enfant pour ne les voir au final qu’une heure par jour (s’ils en ont le temps), du lien social détruit par la fatigue. On ne parle pas de vie et de loisir : quand on a travaillé 70 heures dans la semaine, l’épuisement interdit la moindre activité. On ne parle pas de valeurs, de confiance ou de collaboration au long terme entre le salarié et son employeur. Le salarié n’est véritablement décrit que comme une ressource d’ajustement économique.

Chacun pour soi. Si le salarié n’est pas content, qu’il parte. Au pire, s’il dit qu’il n’est pas content, on le fera partir. Plus la peine de se gêner : on aura plafonné le montant maximal de l’indemnité pour licenciement abusif. La précarité au service de la mobilité salariale et tant pis si ceux qui le font ne sont pas des modèles à suivre2.

C’est vraiment dommage, car ce texte cherche à étendre à un maximum de salarié ce qui a déjà cours ailleurs. Alors que vient de se clore l’enquête sur les suicides chez France Télécom, concluant à la mise en examen de l’entreprise et de son ex-patron pour harcèlement moral, que la crise du Technocentre de Renault n’a fait l’objet de quasiment aucun suivi et que l’INRS peine à prévenir de manière efficace le burn-out3, de plus en plus fréquent chez les cadres au forfait jour, je trouve le signal fort.

J’en arrive au plus triste : au risque de perdre une partie de la gauche4 ce projet n’est absolument pas le fruit des différentes études qui ont amené à sa rédaction. Par exemple, le rapport de Jean-Denis Combrexelle5, tout en faisant la promotion d’une réforme importante, ne revenait pas sur le socle minimal de droits accordé aux salariés. Mieux, il y développait l’idée que la représentation sociale devait être mieux valorisée et permettre des accords à l’avantage de l’entreprise en assurant, en contrepartie, leur limitation temporelle (pas de reconduction tacite).

  1. lire, sur le même site, l’exercice côté salarié “Ce qui changerait pour Michel, 50 ans, salarié, avec la ‘loi travail’”, d’Alexandre Pouchard. 

  2. l’Allemagne est un de ces pays où tout a été fait pour augmenter la mobilité des travailleurs. Avec plus de 12,5 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, le bilan est amer. 

  3. en français : syndrome d’épuisement professionnel. 

  4. y compris dans les rangs de la Ministre dont la plume, Pierre Jacquemain, a claqué la porte du cabinet

  5. Rapport “La négociation collective, le travail et l’emploi”, dont une synthèse est également disponible.