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citoyen 6 min Boris Schapira

État d'urgence permanent

Je ne comprends pas.

Ceci étant, ce n’est pas nouveau. Je n’ai pas compris non plus pourquoi nous étions entré dans un État d’Urgence prolongé en novembre. Il semble donc normal que je ne comprenne pas pourquoi nous sommes en train d’en enlever le verrou temporel.

Toujours plus

Nous nous dirigeons vers État d’Urgence qui durera 6 mois, un an… toujours. L’État d’Urgence n’est que la nouvelle couche de Vigipirate… dont le niveau n’a quasiment jamais baissé une fois remonté, à ceci près que cette fois-ci, les droits fondamentaux ne sont plus protégés. Rien que ça.

Nous sommes en train d’ouvrir des possibles détestables, soutenus par un concentration absurde des pouvoirs de la République. Le risque est très présent et n’est soutenu que par une volonté : celle de montrer qu’on agit devant une menace terroriste face à laquelle, en réalité, nous sommes bien impuissants.

Alors on y va, on tranche dans les libertés. Après tout, les gens sont contents, les enquêtes d’opinion le montrent ! Pourquoi se gêner, puisqu’on est capable de rameuter des votants en agitant le spectre du F.N. mais que de l’autre côté, si on applique son programme, on ne craint rien ? C’est même un formidable outil électoral…

Pendant ce temps, je lis tout ce que je peux. Je recense, aussi, quand quelque chose n’est pas encore listé. Je donne de l’argent, aussi et surtout, parce que les associations de défense de nos libertés en ont besoin.

Je regarde les photos des maisons des gens qui se font perquisitionner, souvent des musulmans. Je contemple les fondations des prochaines générations de radicalisés qui auront vu leur père, frère, ami, voisin, perquisitionné ou séquestré à domicile sans instruction, sans jugement, sans preuve et quasiment à chaque fois sans infraction par un État qui ne respecte plus ces citoyens et en est même rendu à définir les bons et les mauvais français.

Un podium en vomi

Tandis que s’installe ce climat détestable, une culture tout aussi infâme prend place, instillant de la méfiance pour séparer toujours un peu plus les musulmans des autres français. Recensements dans les entreprises publiques, consignes envoyées à l’Education Nationale pour que les professionnels signalent les parents aux tenues ostensiblement religieuses (on aura tous compris que si Madame porte une croix en diamant de 6 centimètres de long, elle ne risquera rien, hein). Des connaissances m’ont expliqué sur Facebook que si tes voisins te dénoncent et que tu te retrouves assigné à résidence, c’est sûrement un peu de ta faute : si tu étais resté chez toi et discret, ça ne serait pas arrivé. Culture du viol dans toute sa splendeur : si ta jupe était plus courte, on ne t’aurait pas agressé. À vomir.

Maintenant, on s’en prend aux français binationaux. Aux français, donc. Aux français comme nous, mais très souvent d’origines maghrébines de deuxième ou troisième génération. Voici donc nos nouveaux juifs, nos têtes de turcs. Dire que je croyais François Hollande quand il parlait d’ouvrir le droit de vote aux étrangers.

Nous vivons dans l’action, sans analyser nos erreurs. Par exemple : il y a clairement un problème de renseignement. Ce qui est arrivé en janvier et en novembre n’aurait pas dû. On a arrêté des surveillances d’individus dangereux. Pas faute d’informations, mais faute d’analyse (ce qui distingue l’information du renseignement). Pourquoi on n’en parle pas ? Pourquoi les seules pistes évoquées pour changer les choses consistent à augmenter la quantité d’informations collectées quand de toute évidence, nous ne savons pas les traiter ? Si l’État d’Urgence vise à arrêter un terroriste toujours en fuite, pourquoi on assigne à résidence des membres d’associations écologistes sans casier ? Chut, ne posons pas de questions. Ce n’est pas le moment. Observons l’Empire se constituer dans la fange.

Tout ce qui est fait en ce moment est vain, ou plus exactement, d’utilité secondaire. Cela ne sert qu’à François Hollande, à court terme, pour le faire apparaitre comme l’homme fort en période de crise. Si aucun nouvel attentat n’arrive d’ici les prochaines présidentielles alors ça sera grâce à lui. Si un nouveau survient, c’est que lui et Valls auraient dû pousser les murs encore plus loin. Voilà la logique dans laquelle nous nous enfermons.

Ne pas laisser DAESH gagner

Dans cette logique, la victoire de François Hollande et celle de DAESH sont les mêmes. Dans les deux cas, nous perdons notre identité et vivons dans la peur. Pas la peine d’avoir un ennemi prêt à détruire le navire quand on s’occupe soi-même de le saborder. Valls parle d’une partie de la gauche qui s’égarerait dans ses valeurs. Comme si avoir des valeurs était une mauvaise chose et qu’il fallait y opposer le sacro-saint pragmatisme.

J’ai des valeurs, je n’ai pas envie de baisser les bras. Ça fait des années que je recense et m’oppose aux projets de lois liberticides et sécuritaires. Je ne vais pas changer mon fusil d’épaule parce que des connards on monté un spectacle mortifère DANS LE SEUL BUT de nous faire, justement, peur, qu’on renonce à nos valeurs, qu’on stigmatise davantage et qu’on les aide du coup à mieux recruter les plus paumés dans 6, 12, 18 mois pour mieux en faire des [ électeurs | bombes humaines ] (rayez la mention inutile).

Non, je ne serais pas de ceux qui « arrêtent de suivre l’actualité parce que ça les dégoutte ». Pas d’œillères, je veux tout voir, à m’en rendre malade, et surtout : je veux me souvenir de tout. Dans quelques années, nous aurons besoin de témoins.

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