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3 min Boris Schapira

Moutons électriques

Deux articles m’ont récemment fait réfléchir, tous les deux traitants de problématiques liées à l’intelligence.

Une des réalisations les plus poussées et les plus spectaculaires du deep learning a eu lieu en 2012, quand Google Brain, le projet de deep learning de la firme américaine, a été capable de « découvrir », par lui-même, le concept de chat.

[…]

« Ce qui est remarquable, c’est que le système a découvert le concept de chat lui-même. Personne ne lui a jamais dit que c’était un chat. Ça a marqué un tournant dans le machine learning », a expliqué Andrew Ng, fondateur du projet Google Brain, dans les colonnes du magazine Forbes.
layout: postComment le ‘deep learning’ révolutionne l’intelligence artificielle », Morgane Tual pour Le Monde

Je trouve passionnante cette percée dans le monde de l’intelligence. Qu’il s’agisse de Deep Dream (plus globalement, du projet Google Brain) dont parle l’article ci-dessus, de Microsoft Adam ou de Facebook qui cherche à se servir de réseaux de neurones pour traiter plus efficacement les publications de ses abonnés. Les découvertes sont passionnantes même si planent au dessus de fortes inquiétudes : le soulèvement des machines, la prise de contrôle par une entité sur-rationelle, incapable d’émotions, étrangère à l’homme.

Marié, entouré d’amis, Elliot mène sa barque. Mais un jour, il se met à souffrir de migraines épouvantables qui révèlent un méningiome, une tumeur bénigne qui écrase ses lobes frontaux. Opéré en urgence, tout se passe bien.

Son inconséquence et sa désobligeance déconcertent son entourage. Il peut passer une journée à se demander selon quel critère classer ses dossiers, il peut errer d’un restaurant à l’autre sans consommer… et quand il finit par prendre une décision, c’est la mauvaise. En proie aux mauvaises fréquentations, renvoyé de son poste, quitté par sa femme et ses amis, Elliot échoue à l’Armée du Salut. Mais le plus étonnant est qu’il garde son Q.I. de 125 et ses facultés cognitives semblent intactes. La Sécurité Sociale le prend pour un imposteur.

C’est là qu’il tombe sur Antonio Damasio, le célèbre neurologue. L’ablation de sa tumeur a emporté une partie de ses lobes frontaux et Damasio constate son apathie : Elliot peut toujours apprendre, mais ne peut plus ressentir. Sur quoi Damasio formula sa théorie sur les émotions comme fondement de la rationalité. Point de bonnes décisions sans les sentiments… et Elliot obtient sa pension d’invalidité.
layout: postComment arrêter de gamberger la nuit, définitivement », Fiamma Luzzati

Dans le cerveau humain, pas de prise de décision sans émotion. La rationalité n’est donc qu’un leurre sémantique. Est-ce qu’un réseau de neurones sera un jour capable de décisions ? Certainement. Mais une machine ne peut pas ressentir : elle applique une série de mécanismes pré-inscrits qui supervisent son processus décisionnel. Elle se retrouve donc investie d’un pouvoir émotionnel qui n’est que le reflet du ressenti du programmeur l’ayant construite. Et c’est là qu’il faut que nous soyons vigileants.

Comme pour les boites noires de la Loi Renseignement, le problème ne réside pas dans la technologie. Il est dans l’humain faillible ou mal intentionné, tapi derrière.

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