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Citoyen 2 min Boris Schapira

#HeForShe, dans le secondaire aussi

La classe est bondée. Le vacarme, assourdissant. Personne n’a l’air de vouloir se taire. Il est à demi-penché sur elle, la complimente lourdement sur son décolleté pendant qu’elle lui répète d’aller s’asseoir, que c’est l’heure, visiblement gênée.

Je n’attends pas qu’ils se taisent et lance :

- Bonjour à tous, j’espère que vous allez bien.

Je m’adresse ensuite plus directement à lui, mais suffisamment fort pour que tout le monde entende :

— Et je voulais te dire, il est très sympa, ton sweat !
— Ah merci m’sieur, je l’ai acheté sur un site US.
— Non, vraiment, il est sympa. Il te va bien, il met bien en valeur tes pectoraux.
— Euh… merci.

La classe est désormais toute ouïe, on entendrait une mouche volée…

- Et j’ajouterais même qu’il va très bien avec ton jean, qui lui, met en valeur tes fesses.
— Mais, euh… monsieur ?!
— Ça te gêne, les compliments ? Pourquoi ? Parce que tu ne m’as rien demandé ? Et bien dis-toi que elle, c’est pareil. C’est valable pour toi mais aussi pour les autres.

Puis, à toute la classe :

Vous trouvez qu’on a trop de femmes dans l’informatique ? Parfait, alors continuez comme ça, vous comprendrez que ça ne risquera pas de changer. Si elles vous disent non, c’est non. Et si elles ne vous disent pas oui, posez la question. Le consentement, c’est la clé.

On ne parle que de ça, ensemble, depuis des semaines : comment se mettre à la place des utilisateurs, comment s’assurer qu’ils comprennent nos produits plutôt que d’essayer d’imposer notre vision…

Faites pareil dans votre vie personnelle : draguez en prenant soin de ne pas vous imposer. Je suis sûr que vous êtes vachement plus intéressants quand vous parlez de vous que quand vous faites vos boloss, là !

Grand silence, bouches ouvertes. Visiblement, on n’a pas souvent l’habitude de leur parler comme ça. J’ai enchaîné rapidement sur le début du cours, on n’avait pas que ça à faire. Depuis, les filles de cette classe me lancent de grands sourires que je les croise dans les couloirs de l’établissement. Au dernier cours, personne n’est venu les importuner et j’ai ouï-dire que ça s’est calmé dans les autres cours aussi.

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