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8 min Boris Schapira

Dette Publique Française

Au menu aujourd’hui, des éléments de réponse aux questions suivantes :

  • C’est quoi la Dette Publique ?
  • Comment l’État emprunte-t-il cet argent auprès des particuliers ?
  • Peut-on faire confiance aux États ?
  • Les États, même fiables, peuvent-ils emprunter sans limite ?
  • Mon État a-t-il la côte sur le marché ?
  • Comment savoir si un État emprunte trop ?
  • Les dettes des États sont-elles limitées ?
  • Mais alors, on s’en fiche, de la dette ?
  • La dette, c’est mauvais en temps de crise ?

C’est quoi la Dette Publique ?

Un État peut avoir besoin d’argent. Il dispose alors de deux leviers : l’impôt et la dette. L’impôt consiste à prélever une certaine somme aux citoyens afin de financer l’État. Cette somme ne sera pas récupérée en tant que telle par les citoyens, mais ils bénéficieront des bénéfices consécutifs à son investissement. La dette, en revanche, consiste à emprunter de l’argent au marché afin de financer l’État, puis à rembourser ce capital à une échéance donnée. Pour qu’un investisseur accepte de prêter de l’argent à l’État, ce dernier lui offre, en plus, une certaine somme annuelle qu’on mesure en pourcentage de la somme empruntée : c’est le taux d’intérêt.

Comment l’État emprunte-t-il cet argent auprès des particuliers ?

L’État propose des contrats d’emprunt où il s’engage à verser des intérêts pendant X années, puis à rembourser l’emprunt.  Le montant des intérêts est généralement exprimé en pourcentage du montant initial emprunté, mais pas toujours. On dit que l’État émet des titres et plus précisément, des Obligations d’État. La somme que l’investisseur reçoit chaque année est appelée coupon. Les particuliers n’empruntent pas directement aux États. Ils passent par des OPCVM (Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières) ou souscrivent des Assurance-Vie.

Peut-on faire confiance aux États ?

Si on les compare aux différents types d’organisations existantes, les États apparaissent rapidement comme les plus « sûrs ». Cependant, il peut sembler plus risqué de prêter de l’argent à la Guinée (où les putschs se succèdent) qu’à la Suisse. C’est pourquoi le taux d’intérêt proposé par la Guinée se devra d’être sensiblement plus élevé que celui proposé par la Suisse s’ils veulent convaincre des investisseurs de les choisir. Une autre vision des choses est de considérer que l’investisseur est récompensé de sa confiance par un meilleur rendement de son argent (et donc les meilleurs rendements se trouvent là où la confiance est difficile à obtenir, là où il y a du risque). Malheureusement, il arrive parfois qu’un pays fasse faillite pour diverses raisons. C’est par exemple le cas de l’Islande, qui a récemment demandé des fonds au FMI… dans ces cas-là, évidemment, prêter peut s’avérer dangereux.

Les États, même fiables, peuvent-ils emprunter sans limite ?

On se doute bien évidemment que non. L’État, comme toute organisation, dispose d’une certaine solvabilité. Cette solvabilité est assez élevée car les États sont, en général, des organisations stables. Cependant, si l’État emprunte trop, les investisseurs peuvent être enclins à douter de sa capacité de remboursement. L’État qui veut emprunter sera alors contraint d’augmenter le taux d’intérêt qu’il offre à ses investisseurs (« Si tu me prêtes, alors je te récompense »). Mais il arrive forcément un moment où l’État se retrouve obligé de rembourser le final de certaines obligations et s’il n’a pas de fonds, il devra faire de nouveaux emprunts. C’est à ce moment que le cercle devient vicieux : ces emprunts ayant des taux d’intérêt plus élevés que les précédents, la dette globale de l’État augmente… jusqu’au point où les investisseurs doutent réellement de sa capacité de remboursement et refusent de le financer.

Évidement, tout cela dépend des évolutions du contexte économique. Si la situation économique du pays s’améliore, il aura, a priori, davantage de revenus et aura à la fois moins de mal à payer sa dette et pourra négocier de meilleurs taux d’emprunt. Si la situation se dégrade, c’est à l’inverse une double peine : les taux d’emprunt augmenteront en même temps que le pays aura de plus en plus de mal à régler ses coupons déjà programmés.

Mon État a-t-il la côte sur le marché ?

Les solvabilités perçues des États varient au fil du temps. Il existe cependant des tendances qui visent à privilégier des États par rapport à d’autres. L’Allemagne, par exemple, avec ses forts excédents commerciaux et sa faible inflation, est assez appréciée : on considère qu’elle dispose d’un fort potentiel de croissance sur de longues périodes. La France, en revanche, souffre des politiques des années 1970 qui ont abouti à d’importants déficit commerciaux et à une grosse inflation. Ces problèmes ont depuis été corrigés par l’augmentation des taux d’intérêts par la BCE. C’est de cette époque que nous héritons notre chômage chronique. Mais on peut toujours se rassurer en se disant que c’est pire ailleurs : la dette de l’Italie s’élève à plus de 100 % de son PIB. Les agences de notations donnent même une meilleure note à certaines entreprises italiennes qu’à l’État…

Comment savoir si un État emprunte trop ?

Contrairement à ce que voudraient nous faire croire bon nombre de politiciens, nos enfants n’auront pas à rembourser la dette de leurs parents. Toujours au rayon du sensationnalisme, les différents calculs de la dette « par habitant » sont d’une stupidité affligeante. D’abord parce qu’ils présentent le passif sans jamais évoqué l’actif et ensuite parce que, contrairement à un ménage ou à un individu, l’État est immortel. Il peut, lorsque l’échéance de certaines obligations arrive, émettre de nouvelles obligations qui lui permettront de rembourser le capital prêté. On ne demandera donc jamais à l’État de solder toutes ses dettes (et donc jamais à une génération de supporter le poids de ce remboursement). Cependant, pour que cette politique soit rentable, il est nécessaire que l’impact sur l’Economie des investissements réalisés par l’État soit suffisant pour que le gain que l’État en tire lui permettent de payer les intérêts de la dette. C’est sur ce point particulier que le bât blesse en France puisque, comme le décrit le rapport Pébereau, la dette est trop souvent utilisée pour financer des dépenses courantes au lieu de véritables projets. La réduction de la dette ne doit donc pas passer nécessairement par la réduction des dépenses publiques, mais par un meilleur retour sur l’investissement relatif à ces dépenses ou des réductions plus spécifiques des dépenses.

Les dettes des États sont-elles limitées ?

En Europe, le Pacte de Stabilité et de Croissance, dans sa mouture de 2005, impose aux États de conserver l’encours de leur dette en dessous des 60 % de PIB. Pour satisfaire ce critère, les États doivent donc travailler parallèlement à la réduction de la dette et à l’augmentation du PIB. En cas de non-respect des conditions du PSC, le Conseil se réserve le droit de recourir à des sanctions, qui n’ont cependant rien d’automatique.

Mais alors, on s’en fiche, de la dette ?

Non, pas vraiment, car elle a un gros impact sur la politique intérieure. Chaque année, l’État doit réserver une certaine part du budget au remboursement de la dette publique. Ce budget ne peut évidemment pas être investi ailleurs et ampute les moyens donnés au Parlement en matière de dépense publique. En France en 2008, le remboursement de la dette fût le second poste de dépense, avec 40 milliards d’euros, devant la Défense (37 milliards) et derrière l’Education Nationale (60 milliards). Il est certain qu’on aurait mieux à faire avec tout cet argent…

La dette, c’est mauvais en temps de crise ?

Lorsqu’un État est touché par la crise, comme c’est le cas aujourd’hui un peu partout en Europe, son intérêt est à la réduction de sa dette (car il a de plus en plus de mal à rémunérer ses coupons). Un bon moyen pour y arriver est de diminuer le taux d’intérêt associé aux obligations émises. Si un seul État procède à cette baisse des intérêts, il risque de voir les investisseurs qui lui faisaient habituellement confiance se tourner vers d’autres pays. Mais si tous les pays touchés par la crise s’entendent implicitement pour baisser les taux de leur obligations, alors la dette de chacun diminue… Malheureusement, cette diminution est en générale suivie d’une réduction du PIB due à ladite crise et la dette en pourcentage du PIB ne diminue donc pas ou peu. Mais si, à l’inverse, l’État arrive à baisser ses taux en gardant la croissance de son PIB, alors la dette s’écroule.

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