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3 min Boris Schapira

Nous… les racoleurs de luxe

Qualité éditoriale et monétisation du contenu semblent deux ingrédients délicats à doser pour les blogueurs.

Il y a quelques semaine à peine, la blogosphère française faisait écho de ses opinions envers les articles sponsorisés à grand déballages de pincettes ("je suis payé mais cela ne change rien à l’intégrité de mes propos", "l’argument monétaire est un plus mais j’en aurais parlé de toutes façons" et "en plus, je suis mal payé").

Le débat avait conclu avec humour à l’apparition des "putes de luxe" : blogueurs influents car très lus et intéressés par le gain d’argent et/ou le gain médiatique. Depuis ce débat, il faut bien avouer que c’est de pire en pire : on lit des articles "sponsorisés" mais désormais ils sont pourris de justifications et tout genre qui nuisent non seulement au message commercial d’origine mais également à la réputation du blogueur qui avoue ainsi être assez lâche pour publier un article qu’il prend bien soin de critiquer.

Vous pensiez que cela avait servi de leçon à la blogosphère, au contraire ! Ces derniers jours, de nombreux événements ont bouleversé la Toile et ont fait exploser le compteur de certains mots-clés. Je ne les recopierais pas ici, ce sont à peu de choses près les même que ceux qui font la couverture de vos magazines people.

De nombreux blogueurs les ont utilisés avec plus ou moins d’intégrité et divers objectifs. 80 % des articles l’ont été dans le seul but de générer un revenu publicitaire. Contenu gras, à peine drôle, juste bon à amasser des clics sur des bannières. Les autres 20 % des billets ayant traité un ou plusieurs de ces événements l’ont fait avec plus de finesse. Touches d’humour fin ou prises de recul critiques ont permis la génération facile de requêtes Google vers des blogs d’une plus grande qualité. Ici, l’objectif n’était pas le clic publicitaire unique mais la captation de lecteurs sur le long terme.

Malheureusement, ces blogueurs qui avaient su jouer du phénomène avec intelligence se sont sentis obligés de se justifier. Et nous voici partis dans un florilège d’articles d’analyse et de chiffres post-phénomène. Bien sûr, personne ne parle d’argent. Au mieux on avoue son penchant pour l’article facile mais personne ne prononce les mots interdits. Pas une touche de monétisation, rien sur la mesure de la valeur, rien sur les accords publicitaires ou la réévaluation du potentiel financier.

Faire de l’argent, oui, mais surtout ne pas en parler. Créer de la valeur, oui, mais ne pas le dire. Surtout ne jamais, jamais parler de revenus. À défaut d’être des putes de luxes, sommes-nous, nous les blogueurs, des racoleurs haut-de-gamme ?

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