Au menu aujourd’hui, des éléments de réponse aux questions suivantes :
- C’est quoi la Dette Publique ?
- Comment l’Etat emprunte-t-il cet argent auprès des particuliers ?
- Peut-on faire confiance aux Etats ?
- Les Etats, même fiables, peuvent-ils emprunter sans limite ?
- Mon Etat a-t-il la côte sur le marché ?
- Comment savoir si un Etat emprunte trop ?
- Les dettes des Etats sont-elles limitées ?
- Mais alors, on s’en fiche, de la dette ?
- La dette, c’est mauvais en temps de crise ?
N’hésitez pas à infirmer/confirmer/compléter en commentaires !
C’est quoi la Dette Publique ?
Un Etat peut avoir besoin d’argent. Il dispose alors de deux leviers : l’impôt et la dette. L’impôt consiste à prélever une certaine somme aux citoyens afin de financer l’Etat. Cette somme ne sera pas récupérée en tant que telle par les citoyens, mais ils bénéficieront des bénéfices consécutifs à son investissement. La dette, en revanche, consiste à emprunter de l’argent au marché afin de financer l’Etat, puis à rembourser ce capital à une échéance donnée. Pour qu’un investisseur accepte de prêter de l’argent à l’Etat, ce dernier lui offre, en plus, une certaine somme annuelle qu’on mesure en pourcentage de la somme empruntée : c’est le taux d’intérêt.
Comment l’Etat emprunte-t-il cet argent auprès des particuliers ?
L’Etat propose des contrats d’emprunt où il s’engage à verser des intérêts pendant X années, puis à rembourser l’emprunt. Le montant des intérêts est généralement exprimé en pourcentage du montant initial emprunté, mais pas toujours. On dit que l’Etat émet des titres et plus précisément, des Obligations d’Etat. La somme que l’investisseur reçoit chaque année est appelée coupon. Les particuliers n’empruntent pas directement aux Etats. Ils passent par des OPCVM (Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières) ou souscrivent des Assurance-Vie.
Peut-on faire confiance aux Etats ?
Si on les compare aux différents types d’organisation existant, les Etats apparaissent rapidement comme les plus « sûrs ». Cependant, il peut sembler plus risqué de prêter de l’argent à la Guinée (où les putschs se succèdent) qu’à la Suisse. C’est pourquoi le taux d’intérêt proposé par la Guinée se devra d’être sensiblement plus élevé que celui proposé par la Suisse. L’investisseur est récompensé de sa confiance par un meilleur rendement de son argent (et donc les meilleurs rendements se trouvent là où la confiance est difficile à obtenir, là où il y a du risque). Malheureusement, il arrive parfois qu’un pays fasse faillite pour diverses raisons. C’est par exemple le cas de l’Islande, qui a récemment demandé des fonds au FMI… dans ces cas-là, évidemment, prêter peut s’avérer dangereux.
Les Etats, même fiables, peuvent-ils emprunter sans limite ?
On se doute bien évidemment que non. L’Etat, comme toute organisation, dispose d’une certaine solvabilité. Cette solvabilité est assez élevée car les Etats sont, en général, des organisations stables. Cependant, si l’Etat emprunte trop, les investisseurs peuvent être enclin à douter de sa capacité de remboursement. L’Etat qui veut emprunter sera alors contraint d’augmenter le taux d’intérêt qu’il offre à ses investisseurs (« Si tu me prêtes, alors je te récompense »). Mais il arrive forcément un moment où l’Etat se retrouve obliger de rembourser le final de certaines obligations et s’il n’a pas de fonds, il devra faire de nouveaux emprunts. C’est à ce moment que le cercle devient vicieux : ces emprunts ayant des taux d’intérêt plus élevés que les précédents, la dette globale de l’Etat augmente… jusqu’au point où les investisseurs doutent réellement de sa capacité de remboursement et refusent de le financer.
Mon Etat a-t-il la côte sur le marché ?
Les solvabilités perçues des Etats varient au fil du temps. Il existe cependant des tendances qui visent à privilégier des Etats par rapport à d’autres. L’Allemagne, par exemple, avec ses forts excédents commerciaux et sa faible inflation, est assez appréciée : on considère qu’elle dispose d’un fort potentiel de croissance sur de longues périodes. La France, en revanche, souffre des politiques des années 1970 qui ont abouti à d’importants déficit commerciaux et à une grosse inflation. Ces problèmes ont depuis été corrigés par l’augmentation des taux d’intérêts par la BCE. C’est de cette époque que nous héritons notre chômage chronique. Mais on peut toujours se rassurer en se disant que c’est pire ailleurs : la dette de l’Italie s’élève à plus de 100% de son PIB. Les agences de notations donnent même une meilleure note à certaines entreprises italiennes qu’à l’Etat…
Comment savoir si un Etat emprunte trop ?
Contrairement à ce que voudraient nous faire croire bon nombre de politiciens, nos enfants n’auront pas à rembourser la dette de leurs parents. Toujours au rayon du sensationnalisme, les différents calculs de la dette « par habitant » sont d’une stupidité affligeante. D’abord parce qu’ils présentent le passif sans jamais évoqué l’actif et ensuite parce que, contrairement à un ménage ou à un individu, l’Etat est immortel. Il peut, lorsque l’échéance de certaines obligations arrive, émettre de nouvelles obligations qui lui permettront de rembourser le capital prêté. On ne demandera donc jamais à l’Etat de solder toutes ses dettes (et donc jamais à une génération de supporter le poids de ce remboursement). Cependant, pour que cette politique soit rentable, il est nécessaire que l’impact sur l’Economie des investissements réalisés par l’Etat soit suffisant pour que le gain que l’Etat en tire lui permettent de payer les intérêts de la dette. C’est sur ce point particulier que le bât blesse en France puisque, comme le décrit le rapport Pébereau, la dette est trop souvent utilisée pour financer des dépenses courantes au lieu de véritables projets. La réduction de la dette ne doit donc pas passer par la réduction des dépenses publiques, mais par un meilleur retour sur l’investissement relatif à ces dépenses.
Les dettes des Etats sont-elles limitées ?
En Europe, le Pacte de Stabilité et de Croissance, dans sa mouture de 2005, impose aux Etats de conserver leur dette en dessous des 60% de PIB. Pour satisfaire ce critère, les Etats doivent donc travailler parrallèlement à la réduction de la dette et à l’augmentation du PIB. En cas de non-respect des conditions du PSC, le Conseil se réserve le droit de recourrir à des sanctions, qui n’ont cependant rien d’automatique.
Mais alors, on s’en fiche, de la dette ?
Non, pas vraiment, car elle a un gros impact sur la politique intérieure. Chaque année, l’Etat doit réserver une certaine part du budget au remboursement de la dette publique. Ce budget ne peut évidemment pas être investi ailleurs et ampute les moyens donnés au Parlement en matière de dépense publique. En France en 2008, le remboursement de la dette fût le second poste de dépense, avec 40 milliards d’euros, devant la Défense (37 milliards) et derrière l’Education Nationale (60 milliards). Il est certain qu’on aurait mieux à faire avec tout cet argent…
La dette, c’est mauvais en temps de crise ?
Lorsqu’un Etat est touché par la crise, comme c’est le cas aujourd’hui, son intérêt est à la réduction de sa dette. Un bon moyen pour y arriver est de diminuer le taux d’intérêt associé aux obligations émises. Si un seul Etat procède à cette baisse des intérêts, il risque de voir les investisseurs qui lui faisaient habituellement confiance se tourner vers d’autres pays. Mais si tous les pays touchés par la crise s’entendent implicitement pour baisser les taux de leur obligations, alors la dette de chacun diminue… Malheuresement, cette diminution est en générale suivie d’une réduction du PIB dûe à ladite crise et la dette en pourcentage du PIB ne diminue donc pas ou peu. Mais si, à l’inverse, l’Etat arrive à baisser ses taux en gardant la croissance de son PIB, alors la dette s’écroule.


Hello Boris,
« …, la dette est trop souvent utilisée pour financer des dépenses courantes au lieu de véritables projets. »
et
« La réduction de la dette ne doit donc pas passer par la réduction des dépenses publiques, … »
N’y a t-il pas contradiction ici ? En diminuant les dépenses publiques, on ne va plus avoir besoin de financer celle-ci par l’emprunt, donc la dette diminuera (ou au moins, n’augmentera pas) non ?
C’est une vision réductrice qui aboutirait à la suppression des dépenses publiques. Le fameux « plan de rigueur », dont on nous parle beaucoup (souvent pour faire peur).
En réalité, en optimisant l’investissement, la dette peut servir efficacement son but : financer l’amélioration des conditions de vie des concitoyens.
l’Etat est immortel
Boris, j’ai pas réussi à afficher ceci http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:A21.jpg
« En réalité, en optimisant l’investissement, la dette peut servir efficacement son but : financer l’amélioration des conditions de vie des concitoyens. »
Quelles propositions ferrais-tu ?
D’abord, sensibiliser les français à l’utilité de la dette. Beaucoup trop de politiciens diabolisent la dette et promettent de la réduire mieux que leurs voisins. En fait, ce sont les investissements qu’ils veulent réduire, et continuer à se servir de la dette pour le fonctionnement de l’Etat…
On pourrait ainsi imaginer modifier la constitution sur ce sujet, en interdisant, par exemple, l’usage de la dette pour le financement des dépenses courantes.
Le problème de tout ça est que l’Etat pouvant moins utiliser la dette, il lui faudrait alors augmenter les impôts ou rationaliser ses dépenses (avec souvent, à la clé, des licenciements de fonctionnaires)… Pas facile à faire passer auprès du public !
très intéressant cet article !