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Life is too short to be small

Une leçon d'Histoire

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J’ai suivi avec étonnement cette histoire d’une gamine expulsée de son lycée après avoir refusé de refermer sa veste sur un tee-shirt « Palestine Libre ». Je comprends le point de vue de la gamine, mais je soutiens également le professeur qui a eu parfaitement raison. Et tout cela me rappelle une petite anecdote de mes années de lycée…

Mon père est juif, ma mère est catholique. Aucun des deux n’est pratiquant aussi à l’heure du choix, ils ont préféré ne pas le faire. Du coup, moi, je crois en Libellule et ça me suffit bien. Quand j’étais plus jeune, je ne me posais pas vraiment de questions sur la foi, mais plutôt sur l’Histoire de ma famille. Je ne comprenais pas bien les enjeux issus de l’instauration d’un État juif sur les territoires palestiniens mais j’avais saisi que tout ça me dépassait franchement.

En grandissant, j’ai eu la chance d’avoir des professeurs d’Histoire-Géo extraordinaires qui m’ont fait connaître la politique (ce qui ne veut pas dire qu’ils politisaient leurs cours, une nuance qu’on oublie souvent), la vie civique et le sens critique. L’un d’entre eux m’a particulièrement marqué.

Alors que nous abordions le conflit Israëlo-Palestinien au travers de la crise pétrolière de 1973 et de la guerre de Yom Kippour, mon besoin d’en savoir plus s’est manifesté par une très grande quantité de questions (parfois redondantes) sur chaque point abordé. Avec le recul, je comprends l’effort qu’a dû faire mon professeur pour ne pas venir m’exploser la tête contre mon bureau (petit clin d’œil à mes amis professeurs qui se retiennent chaque jour)… Au lieu de ça, il m’a demandé de noter mes questions et de venir le voir à la fin du cours.

Tout le monde est sorti et je suis arrivé avec ma feuille. Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit de sa voix cynique : « tes questions sont complètement connes ». Son regard m’a glacé le sang tandis que mes oreilles devenaient brûlantes de rage et de honte. Il a enchainé: « si je répondais à toutes tes questions, t’en ferais quoi ? Tu apprendrais ce que je te dis comme un benêt ? Pour comprendre quelque chose, il va t’en falloir plus que ça sinon tu vas encore devenir un de ses petits cons qui répètent. Dégage, je vais voir ce que je peux faire. » Intimidé, je suis parti sans rien dire et très rapidement.

Nous n’en avons jamais reparlé. J’étais honteux d’avoir posé des questions qui, avec du recul, me semblaient en effet stupides. De son côté, le professeur ne manifestait aucune intention de partager quelque chose de plus avec moi. Je me faisais tout petit sur ma chaise.

Une douzaine de jour plus tard, nous avons reçu à la maison une grosse enveloppe. Elle contenait des dizaines de photocopies d’articles parus entre 1920 et 1985 sur la(les) religion(s), la politique et l’économie au Proche-Orient, des photocopies de divers livres d’Histoire édités à différentes époques (avec des éléments parfois très différents) et des biographies d’hommes politiques marquants. Il n’y avait rien d’autre. Aucun mot, aucune adresse au dos de l’enveloppe, aucune consigne, aucune indication.

J’ai passé plusieurs heures dans ma chambre. Au cours suivant, je suis entré dans la classe et j’ai dit à mon professeur « Merci pour l’enveloppe, monsieur » avant de m’assoir. Depuis son bureau, il m’a regardé avec son petit sourire sadique d’un air qui semblait me dire « tu n’as encore rien compris, petit, et ça n’est pas prêt de changer… mais c’est un début ».

10 Commentaires

  1. Anecdote sympathique ! Ca me fait presque penser au Cercle des poètes disparus. Pour l’ouverture d’esprit, pas pour la gentillesse du prof.

    Pour en revenir sur le sujet de ce t-shirt, ce n’est pas « Palestine libre » qui m’a choqué, ou qui m’aurait choqué si un étudiant se ramenait avec ça, même s’il faut l’avouer, cela n’a rien à faire en cours et encore moins au collège/lycée. Non, ce qui m’a plus dérangé, c’est le « A mort Israël » ou formule de la même veine qui y était juxtaposé. Soutenir un pays ou un peuple, pourquoi pas. Tenir des propos haineux envers un autre, ça ne fait rien avancer et ça montre l’idiotie et la fermeture d’esprit de celui qui soutient ces slogans.

  2. Les seuls correspondances postales que j’ai pu avoir avec mes professeurs, c’étaient les bulletins trimestriels…autant dire que j’ai rarement été agréablement surpris…
    Par contre, « petit con » et « tes questions sont complètement connes », ça me paraît plus familier déjà…

  3. Témoignage intéressant, de toute façon le problème palestinien n’est pas un sujet que l’on peut expliquer en quelques lignes, c’est 200 ans d’histoires qu’il faut expliquer et les 50 dernières années ne sont pas les meilleures.
    A propos du teeshirt , il me semble que je vois des tee shirt avec des feuilles de majijuana et personne ne dit rien, des tee shirt avec des slogans pornos etc… et personne ne dit rien.
    Il y a plusieurs poids et plusieurs mesures.

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