Boris

Moutons élec­triques

Deux articles m’ont récem­ment fait réflé­chir, tous les deux trai­tants de problé­ma­tiques liées à l’in­tel­li­gence.

Une des réali­sa­tions les plus pous­sées et les plus spec­ta­cu­laires du deep lear­ning a eu lieu en 2012, quand Google Brain, le projet de deep lear­ning de la firme améri­caine, a été capable de « décou­vrir », par lui-même, le concept de chat.

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« Ce qui est remarquable, c’est que le système a décou­vert le concept de chat lui-même. Personne ne lui a jamais dit que c’était un chat. Ça a marqué un tour­nant dans le machine lear­ning », a expliqué Andrew Ng, fonda­teur du projet Google Brain, dans les colonnes du maga­zine Forbes.
« Comment le ‘deep lear­ning’ révo­lu­tionne l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle », Morgane Tual pour Le Monde

Je trouve passion­nante cette percée dans le monde de l’in­tel­li­gence. Qu’il s’agisse de Deep Dream (plus globa­le­ment, du projet Google Brain) dont parle l’ar­ticle ci-dessus, de Micro­soft Adam ou de Face­book qui cherche à se servir de réseaux de neurones pour trai­ter plus effi­ca­ce­ment les publi­ca­tions de ses abon­nés. Les décou­vertes sont passion­nantes même si planent au dessus de fortes inquié­tudes : le soulè­ve­ment des machines, la prise de contrôle par une entité sur-ratio­nelle, inca­pable d’émo­tions, étran­gère à l’homme.

Marié, entouré d’amis, Elliot mène sa barque. Mais un jour, il se met à souf­frir de migraines épou­van­tables qui révèlent un ménin­giome, une tumeur bénigne qui écrase ses lobes fron­taux. Opéré en urgence, tout se passe bien.

Son incon­sé­quence et sa déso­bli­geance décon­certent son entou­rage. Il peut passer une jour­née à se deman­der selon quel critère clas­ser ses dossiers, il peut errer d’un restau­rant à l’autre sans consom­mer… et quand il finit par prendre une déci­sion, c’est la mauvaise. En proie aux mauvaises fréquen­ta­tions, renvoyé de son poste, quitté par sa femme et ses amis, Elliot échoue à l’Ar­mée du Salut. Mais le plus éton­nant est qu’il garde son Q.I. de 125 et ses facul­tés cogni­tives semblent intactes. La Sécu­rité Sociale le prend pour un impos­teur.

C’est là qu’il tombe sur Anto­nio Dama­sio, le célèbre neuro­logue. L’abla­tion de sa tumeur a emporté une partie de ses lobes fron­taux et Dama­sio constate son apathie : Elliot peut toujours apprendre, mais ne peut plus ressen­tir. Sur quoi Dama­sio formula sa théo­rie sur les émotions comme fonde­ment de la ratio­na­lité. Point de bonnes déci­sions sans les senti­ments… et Elliot obtient sa pension d’in­va­li­dité.
« Comment arrê­ter de gamber­ger la nuit, défi­ni­ti­ve­ment », Fiamma Luzzati

Dans le cerveau humain, pas de prise de déci­sion sans émotion. La ratio­na­lité n’est donc qu’un leurre séman­tique. Est-ce qu’un réseau de neurones sera un jour capable de déci­sions ? Certai­ne­ment. Mais une machine ne peut pas ressen­tir : elle applique une série de méca­nismes pré-inscrits qui super­visent son proces­sus déci­sion­nel. Elle se retrouve donc inves­tie d’un pouvoir émotion­nel qui n’est que le reflet du ressenti du program­meur l’ayant construite. Et c’est là qu’il faut que nous soyons vigi­leants.

Comme pour les boites noires de la Loi Rensei­gne­ment, le problème ne réside pas dans la tech­no­lo­gie. Il est dans l’hu­main faillible ou mal inten­tionné, tapi derrière.

Tran­si­tion numé­rique

Aujourd’­hui stra­té­gie IT et stra­té­gie d’af­faire ne font plus qu’un. Fini l’ali­gne­ment, on synchro­nise, et il subsiste un exer­cice de réflexion stra­té­gique unique où la compo­sante tech­no­lo­gique fait partie inté­grante de la stra­té­gie d’af­faire.

[…]

Tout le monde a du se réin­ven­ter, du PDG aux équipes de rédac­tion et bien sûr au sein des équipes infor­ma­tiques.

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Cette richesse inter­ac­tive a permis de modu­ler les tarifs en tenant compte du niveau d’in­te­rac­ti­vité.
« La Chro­nique Canada n°1 » par Didier Navez sur le blog de veille de Clever Age

La Presse Quoti­dienne (éven­tuel­le­ment Régio­nale) est un formi­dable terrain d’ex­pé­ri­men­ta­tion pour une tran­si­tion numé­rique plei­ne­ment assu­mée : souf­frant d’un modèle histo­rique « papier » se déta­chant de plus en plus des usages de ses lecteurs, mise sous pres­sion par des acteurs du Web comme Google et souf­frant d’une dépen­dance très forte à la publi­cité, la Presse a déses­pé­ram­ment besoin de renou­ve­ler sa stra­té­gie d’af­faire et cela semble défi­ni­ti­ve­ment passer par le numé­rique.

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Promou­voir une culture numé­rique

il n’est jamais trop tard

Je suis profon­dém­ment convaincu que le numé­rique est une des clés de la crois­sance française et mondiale. Nous avons la chance d’avoir une infra­struc­ture formi­dable, un bon niveau de forma­tion et un taux d’équi­pe­ment à la hauteur. Rien ne s’op­pose donc, en théo­rie, à une tran­si­tion numé­rique des entre­prises et des pratiques.

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« Projet de Loi rela­tif au rensei­gne­ment »

Ce projet m’inquiète pour de nombreuses raisons qui se résument rapi­de­ment en :

  1. Surveillance auto­ma­ti­sée et massive du trafic inter­net par des algo­rithmes encore incon­nus (poli­tique du tous suspects)
  2. Contrôle par une Commis­sion consul­ta­tive aux pouvoirs limi­tés, voire nuls
  3. Recours citoyen inap­pli­cable, plus de contre-pouvoir (même le juge se fait déga­ger)
  4. Léga­li­sa­tion de pratiques actuel­le­ment illé­gales des services de rensei­gne­ment (les mecs ont fait une conne­rie, donc on décrète que la conne­rie n’en est plus une… logique)

Je ne suis pas le seul à craindre ce texte.
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Maîtrise et exper­tise

Tous les ensei­gnants ont vécu ce moment. Parfois, lors de la première répé­ti­tion d’un cours mais plus souvent à la première ques­tion posée par un élève. Ce moment où l’en­sei­gnant se rend compte qu’il ne maîtrise pas complè­te­ment son sujet. Tous les gens qui ont ensei­gné m’ont fait le même témoi­gnage :

Je ne maîtri­sais pas réel­le­ment le sujet avant de devoir l’en­sei­gner

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Déra­pages du langage

C’est juste­ment ceux qui « ne sont pas Char­lie » qu’il faut repé­rer. Ceux qui dans certains établis­se­ments scolaires ont refusé la minute de silence. Ceux qui balancent sur les réseaux sociaux et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur.
Ce sont eux que nous devons repé­rer, trai­ter, inté­grer ou réin­té­grer dans la commu­nauté natio­nale.
Natha­lie Saint Cricq, Jour­nal de France 2

Natha­lie, je suis là, je vous attends. Mais je dois être parfai­te­ment honnête avec vous : vos propos me font vrai­ment peur, et j’ai l’im­pres­sion que les raisons pour lesquelles je pour­rais rentrer dans l’une de ces petites cases sont infi­ni­ment plus humaines, honnêtes et porteuses d’es­poir pour l’unité natio­nale que le message que vous faites passer à l’an­tenne.

Juste pour rappel : la liberté d’ex­pres­sion n’est rien sans la liberté de conscience.